Et si la chance…?

La chance, une compétence?

 « Et si la crise était l’occasion, pour chacun, de cultiver sa chance ? » Selon Philippe Gabilliet, professeur à l’ESCP Europe, la chance n’est pas un don, mais une compétence que l’on peut acquérir au travers d’une discipline de vie : à chacun de construire sa chance…

« Quand un mortel s’emploie à sa perte, les dieux viennent l’y aider. »

Philippe Gabilliet, professeur associé à l’ESCP Europe, cite ce fragment des Persesd’Eschyle pour souligner l’importance du mental dans l’échec. Mais c’est pour ajouter immédiatement après qu’en s’employant à son propre succès, l’homme peut, tout aussi bien, construire sa chance et sa réussite. Certes, nous vivons une époque anxiogène : accélération du changement, perte de repères pour l’action, augmentation de la complexité organisationnelle, imprédictibilité, inhibition de l’action… Du coup, on perçoit surtout ce qui ne va pas, on anticipe le pire et on doute de son pouvoir d’agir : « Bref, on consent au malheur. »

Comment réagir ?

D’abord, croire en sa chance, que l’on ait ou pas ce qu’on considère comme les « bonnes cartes »: famille, culture, richesse, relations, etc. Il ne s’agit pas, souligne Philippe Gabilliet, de répéter « j’ai de la chance », mais de dire plutôt « j’aide la chance »: « La chance n’arrive pas par hasard, mais sur un terrain préparé : elle saura trouver ceux qui sont prêts à l’accueillir. »La chance est, selon lui, « une compétence comme une autre, un réseau invisible autour duquel circulent les opportunités ». Et, comme toute compétence, la chance se travaille et se développe.

Il avance ainsi « les quatre clés qui font les grands chanceux ».

La première consiste à se focaliser sur les forces que l’on a, plutôt que sur les défauts :

« Une vie est trop courte pour corriger tous ses défauts. Mieux vaut s’appuyer sur ses atouts. Il ne manque pas d’exemple de personnes qu’on admire et envie, tout en reconnaissant qu’elles sont bourrées de défauts. »Parmi les forces, il distingue les forces effectives (« celles qui font que ceux qui vous aiment vous aiment ») et celles qui sont encore dormantes, qu’on ne connaît pas pour ne jamais avoir encore essayé (« Écoutez vos envies. Vous êtes peut-être un grand musicien qui ne le sait pas encore… »). Au passage, il classe les « faux défauts »parmi les forces potentielles, car des défauts peuvent n’être que contextuels et ne demander qu’à devenir des ressources dans un autre contexte.

La deuxième clé consiste à aller là où on peut faire bouger les choses :

« Évitez de consacrer du temps, de l’intelligence et de la passion à des choses auxquelles vous ne pouvez rien : ne perdez pas votre temps à ruminer sur la mondialisation, ni à essayer de changer l’autre. »Après avoir ainsi choisi un bon champ de bataille,

la troisième clé invite à ne pas chercher LA solution à un problème :

« La vraie vie n’est faite que de micro-solutions.

L’important est de rechercher en permanence les petites solutions qui marcheront un certain temps. »Dans le même esprit, Philippe Gabilliet suggère de s’intéresser aux exceptions positives, à ce qui réussit contre toute attente (on retrouve ici la notion de déviance positive :

La dernière recommandation consiste à se montrer curieux, et ouvert aux opportunités 

qui nous attendent au coin de la rue, aux personnes que nous n’avons pas encore rencontrées, aux savoirs qui nous sont encore inconnus… Car la chance se renforce en circulant : « Pour attirer les opportunités, il faut commencer par en devenir une, par être une chance pour les autres. »

Cela marche aussi pour les collectifs, ajoute-t-il, puisque certaines entreprises savent créer les mondes de travail favorisant l’innovation : « Le partage des connaissances, l’acceptation du hasard crée la capacité à trouver une chose en en cherchant une autre. » Au fond, l’important est d’y croire suffisamment pour se lancer : « La chance est maintenant. Elle est la preuve que nous sommes vivants. »

Publié par Philippe Tranchart le 20 juin 2013 sur le site de l’afpa formations.